2013: l’Arctique en voilier

Ours polaire, île Bylot

J’ai toujours aimé le Grand Nord. Ce fut mon premier amour et je ne l’ai jamais oublié. On ne peut pas vraiment rester indifférent face à la beauté des paysages, la grandeur des espaces et la bonté de ses habitants. C’est ainsi que, année après année, je ressens ce besoin d’y retourner. Bien sûr, j’ai aussi passé par l’autre extrême, l’Antarctique, mais l’Arctique a toujours eu une place bien spéciale dans mon coeur de biologiste.

Pascale Otis, ambassadrice chez Chlorophylle

Juin 2013
Départ de Québec, avec mon sac rempli de « Chlorophylle »! Nous descendons le fleuve Saint-Laurent et faisons route vers l’Est en voilier. Après Blanc-Sablon, nous tournons « à gauche » et montons un peu le long du Labrador avant d’entreprendre notre traversée des 800 miles nautiques qui nous séparent de la plus grande île du monde: le Groenland. Nous remontons la côte en visitant quelques communautés dont les maisons sont toutes très colorées. Au supermarché, on achète du boeuf musqué et faisons quelques provisions de légumes et fruits frais avant de repartir en mer. Cette fois, nous faisons route vers l’Ouest, vers l’Arctique Canadien.

Vigie en haut du mât

Dès notre arrivée, il n’y a aucun endroit où aller. La glace est partout. Cette année, le passage du Nord-Ouest était pratiquement infranchissable. Pour nous, cela nous importait peu: nous passions l’été au Nord de la Terre de Baffin. Mais la glace persistante rendait notre vie un peu plus difficile que prévue… nous n’avions pratiquement aucun endroit pour s’ancrer. De la glace, de la glace… et toujours de la glace!

Petit arrêt sur l’île Bylot pour baguer 20 oiseaux. Je connaissais déjà l’île pour y avoir travaillé 2 étés, pendant ma maîtrise. C’est d’ailleurs sur Bylot que j’ai récolté les oeufs d’oie dont je suis devenue la « maman ». Mais aujourd’hui, nous ne sommes pas à la recherche d’oies. Par une belle journée ensoleillée, nous grimpons les falaises pour capturer des volatiles noirs et blancs: des marmettes de Brünnich. Nous les capturons à l’aide d’un petit lasso au bout d’une perche, puis prenons nos mesures avant de leur installer une petite bague sur la patte gauche. Avec cet instrument, nous pourrons suivre leurs déplacement. La grande question: où vont-ils durant l’hiver ?

Prisonniers des glaces

Juillet 2013
Nous attendons toujours que la glace se libère. Impossible de se rendre à Pond Inlet pour l’instant. Alors nous attendons dans un ancrage à quelques miles à l’Est. Avec la marée, la glace vient nous rendre visite. Je devrais peut-être dire en fait que la glace a décidé de nous attaquer. Tout se referme autour de nous. La glace coince notre voilier, se resserre contre la coque qui gémit sous le poids. Il n’y a rien à faire: impossible de pousser, impossible de bouger. Il ne nous reste qu’à attendre patiemment qu’elle reparte d’où elle est venue. Entre temps, nous larguons notre ancre et les 123 mètres de chaîne que nous avons à bord et nous dérivons avec la glace. Ce cirque dure plus de 12 heures.

Qu'est-ce qu'on mange?

Nous sommes 5 à bord. Il ne nous reste qu’un rouleau de papier de toilette. La garde côtière nous en offre 4 autres. Quel bonheur! Un rouleau chaque! La glace nous libère finalement de son emprise et nous franchissons les derniers miles jusqu’à Pond Inlet. La communauté compte un petit aéroport. C’est le moment de changer d’équipage.

Août 2013
Pendant les 5 prochaines semaines, nous sommes 6 à bord. Notre mission: filmer les épaulards et les narvals. La tâche est colossale, mais nous trichons un peu: nous sommes avec un groupe de scientifiques qui posent des émetteurs GPS sur les baleines. Nous pouvons donc suivre leurs mouvements par satellite. Après quelques jours, la mission est accomplie. Et les images sont exceptionnelles…

Iceberg

Septembre 2013
C’est l’automne. Le Grand Nord se referme autour de nous. La neige recouvre le décor et l’air devient bien frisquet pour la frileuse que je suis. Il est grand temps de faire route vers le Sud et de rentrer à la maison. Le convoyage est pénible. Nous sommes tous très fatigués et je suis malade. C’est à ce moment que l’on se jure de ne jamais refaire un tel voyage. Puis, évidemment, on oublie tout ça et on commence à prévoir la prochaine expédition dès notre retour sur terre…

À bientôt,
Pascale Otis, biologiste et vidéaste
Prochaine expédition : Antarctique (Dec-Jan)